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"Caroline" a obtenu le deuxième prix du Concours de nouvelles et poésies 2018 de la ville du Château-d'Olonne, sur le thème du mensonge (76 textes en lice venus de toute la France).

En voici  les premières lignes :

Caroline est morte la semaine dernière. Ma meilleure amie a été assassinée.

Il paraît que si j’arrive à coucher cette réalité sur le papier, j’irai mieux. C’est du moins ce qu’affirment mes parents. Mon regard hébété et mon mutisme persistant leur ont sûrement fait craindre le pire… et ils m’ont lancé un ultimatum : « Tu trouves par toi-même le moyen de te libérer, ou on appelle un professionnel dans ce domaine ! ». Un psy, donc. Peu importe le suffixe. En « iatre » ou en « logue », un psy reste un psy : un inconnu qui va tenter de s’introduire dans ma tête pour décortiquer mes pensées et mon inconscient. Hors de question ! 

J’ai donc choisi de parler... mais en silence. 

Ma voix sera mon crayon et l’auditoire, vous : des lecteurs imaginaires... Il est bien évident qu’aucune personne réelle ne devra lire ce texte. Trop intime. Trop dangereux. 

Lorsque j’en aurai fini, je brûlerai mes écrits dans la cheminée. Notre hiver est tellement glacial qu’elle fonctionne jour et nuit. J’ai hâte de voir ces feuilles partir en fumée, accompagnées des douloureux souvenirs qu’il me faut exorciser pour pouvoir aller de l’avant…

Ainsi donc, chers lecteurs imaginaires, ma douce Caroline est morte. Étranglée dans son salon.

Des mots aussi simples que tragiques. Les voilà écrits maintenant. Et je ne me sens pas mieux pour autant. Il faut dire qu’un élément vient ajouter de l’horreur au drame que nous vivons tous. 

Caroline connaissait son assassin. La police est formelle. Rendez-vous compte ! Une personne de sa famille ou de ses amis a été capable de la tuer. De serrer, serrer encore, et plus fort sa gorge, jusqu’à lui briser le cou… Quelqu’un de proche, en qui elle avait confiance… qui a froidement soutenu son beau regard bleu, seconde après seconde, à mesure que la vie la quittait… Et cette personne est là, cachée parmi nous. À jouer le désespoir, tout en se réjouissant secrètement de l’acte monstrueux commis...

Qui ? 

Cette question nous agite tous, nous les proches de Caroline, mais la police aussi, bien sûr. Un inspecteur de la Criminelle et son adjoint sont arrivés en ville le lendemain de sa mort pour mener l’enquête. L’inspecteur nous interroge les uns après les autres, tandis que son collègue prend des notes. Un vrai binôme de série télévisée, en somme. Sauf qu’on est dans la réalité. Ils ont bien sûr essayé de me poser quelques questions : pour toute réponse, ma bouche s’est ouverte, sans laisser échapper aucun son. Heureusement, le duo s’est montré conciliant et n’a pas insisté. 

Je voudrais pouvoir leur parler, pourtant. 

J’aurais tellement de choses à dire. Tellement à raconter. 

Au sujet de Caroline, tout d’abord...

 

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